27 Juin 2014 — Jour numéro 3 de la Fashion Week Paris Homme

Une journée en télégramme. Berluti plante ses graines. Stop. Henrik Vibskov cueille ses champignons. Nous répétons l’info, Henrik Vibskov cueille ses champignons. Nous recevez-vous cinq sur cinq ? Parce que Givenchy se fait prendre au filet. Dernière information : Comme des garçons porte des poulaines. Ce n’est pas vintage mais moyenâgeux. À la ligne, notez que Cerrutti 1881 part en Californie. Mais ce n’est pas pour cette raison que Kris Van Assche, nous balance un « du bleu, je veux ». Ok ? Une fois de plus, Juun.J signe sa différence et Mélinda Gloss voit aussi la vie en bleu mais avec une vibration différente. Stop, continuons. Demeulemester présente une collection sans Ann et Martin Margiela est dans sa maison. Nous vous redonnons l’info. Martin Margiela est dans sa maison et last but not the least, Junya Watanabe aime la tradition japonaise. Le décryptage de la troisième journée de la Fashion Week Homme vous est présenté.

Berluti plante ses graines

Dans le jardin de l’École des Mines, Alessandro Sartori signe sa première collection pour Berluti. L’esprit est citadin sport casual chic tout en mettant en valeur le fait main. Le fil conducteur du Printemps/Été 2015 est l’origami avec l’importance du travail du pliage et plissage au niveau du détail sur des poches, des cols et des revers. L’envie de travailler l’étoffe pour en réveiller sa surface 3D. L’étoffe et les beaux tissus deviennent la toile de l’artiste quand les coutures sont peintes à la main.

Berlutti Fashion Week Paris Homme 2014

Comme pour un joli cuir, il est question de travailler les patines pour voir cette nouvelle aventure comme un héritage, une transmission plus mature. Les vestes sont en cuir souple. Le manteau est un mélange de soie et de lin, avec des enductions pour un effet glacé. La gamme de couleurs oscille du sable à un vert vase qui contrebalance vers un corail ou un violet. Toujours pour se tourner vers la lumière, le tournesol est une nuance qui se pose sur un costume craquant. Le Luxe de Berluti est synonyme d’une invitation à un nouveau Je à la fois chic, intemporel et fun.

Henrik Vibskov cueille ses champignons

South Park, le dessin animé est une interprétation ludique pour envisager le printemps été 2015 de Henrik Vibskov. La silhouette en champignon magique invite à la cueillette de ces organismes eucaryotes pluricellulaires ou unicellulaires. Brin de folie hallucinant dans cette semaine mode, le dressing masculin du créateur défile en plein air place Baudoyer, amorcé en ouverture par le Ballet National de Norvège. 

Henrik Vibskov champignons Fashion Week Paris Homme 2014

Ça claque dans les flaques sous une chorégraphie de Alexander Ekman. Comme à son habitude, le traitement des impressions semble sculpté par une imprimante 3D. XXL volumes pour des sweats et des chandails aux tricotages, aux flocages et aux découpes sous LCD. C’est archi-structuré et technique. Une mode qui, sous la formule du happening, est le reflet parfait d’un univers à adopter de la tête au pied.

Givenchy se fait prendre au filet

À l’inverse d’un papillon de nuit qui cherche la lumière et tourne autour d’une lampe, Riccardo Tisci va et retourne à l’essentiel : l’esprit des gangs un peu americanos, l’esprit couture un peu mafieux mais sportswear, le monochrome obsessionnel. La veste est noire. La chemise est blanche. La cravate est fine. Mélange entre un uniforme scolaire qui aurait été retaillé par un élève rebelle pour s’affirmer et pouvoir se mouvoir dans les rues avec aisance.

Givenchy Fashion Week Paris Homme 2014

Du beau mâle rital et des veuves en pleurs mais toujours dignes avec beaucoup d’humilité, son vêtu de voile et de gypsophiles en accumulation. La collection a un parfum de Sicile. Les broderies de perles serties sur le dos d’un blouson sont comme une envolée de corbeaux noirs. Une route vers l’épure mais qui cache le drame et la beauté d’une future vendetta.

Comme des garçons porte des poulaines

Ne retenir que les poulaines chaussées par les mannequins nous ferait oublier l’essentiel de la collection de Rei Kawabuko. La dernière fois que ces modèles étaient portés, c’était au Moyen Âge. Par l’ordonnance royale de 1368, Charles V interdit ces chaussures mais la mode perdura jusqu’aux années 1470. La chaussure allongée a une extrémité pointue allant jusqu’à 50 cm. Généralement relevée, elle est l’expression de la classe sociale plus ou moins élevée.

Comme des Garcons Fashion Week Paris Homme 2014

Plus la pointe est longue et plus vous vous situez dans les hautes sphères de la société. Rembourré de mousse, de chanvre pour la rigidité de la pointe, elle est aussi une métaphore de l’érection. Pour ces nouveaux troubadours, les tenues s’animent d’animaux primitifs, des superpositions de camouflage, des griffonnages d’un enfant. Le costume se croise et se coupe dans un lilas shantung de soie. Le manteau se planque d’un camouflage. Impossible de se fondre dans la masse en mettant un pied devant l’autre.

Cerrutti 1881 part en Californie

La ligne Cerruti évolue vers un esprit plus surf et californien chic. Cette atmosphère se traduit par des chemises au volume oversize. La série Deux flics à Miami diffusait cette mode où des motifs foulards réinterprétés font leur come-back.

Cerrutti Fashion Week Paris Homme 2014

Le pantalon est fluide, en soie, en nylon. La ligne est allongée avec des manteaux amples et gilets longs. Les chemises grand-père se colorisent de patchworks un peu gipsy. Les jacquards ont un traitement nouveau qui invite à une ballade dans un décor années 30, au fil des façades de Ocean Drive.

Kris Van Assche, du bleu je veux

Couleur positive de la saison, le bleu renvoie à l’homme qui travaille mais aussi au col blanc. À chacun son bleu, mais la nuance est le symbole de l’espoir et de la vérité. Cette vingtième collection n’est pas une rétrospective ni un auto-hommage des best of des saisons passées. Les articulations sont ouvertes et coupées pour laisser apparaître certaines parties du corps et faciliter la course , la démarche. La silhouette est ainsi switchée.

Kris Van Assche Fashion Week Paris Homme 2014

Le ton-ciel, la nuance grise ardoise, la touche corail s’opposent à un bronze antique et un vert avocat. Les volumes restent fidèles à l’univers du designer avec un rendu hybride sur les vestes de costume. Les cravates minces disparaissent mais la bande se retrouve sur les pantalons. Le vêtement illustre l’époque mais surtout la personnalité de ceux qui les portent.

Juun.J signe sa différence

Encore une belle révélation cette saison, la silhouette de Juun.J est une page blanche qu’il dessine, peint, recolorise, plie, recolle et déforme. Le créateur coréen Juun.J s’amuse toujours de l’oversized. Il questionne la dimension du guerrier avec les codes de la marine reboostée et la figure du samouraï calme et puissant qui viendrait d’une Asie en mode vision vers le futur.

Juun.J Fashion Week Paris Homme 2014

Son sportswear est unique et particulier où Le blanc est le symbole d’un absolu immaculé. Appréciant les collaborations enrichissantes, cette saison, c’est le plasticien londonien Rob Ryan qui s’invite à conceptualiser ce dressing innovant, pure et hypra-chic.

Mélinda Gloss voit aussi la vie en bleu

La silhouette est rétro mais, par le prisme de ce futur printemps été 2015, est rendue moderne. La mode masculine n’évolue pas aussi vite qu’un courant d’air et Mélinda Gloss cherche les « bases » pour construire une belle garde robe masculine.

Mélinda Gloss Fashion Week Paris Homme 2014

Le bleu marine est la nuance clef qui dessine les looks in house avec des pantalons à la taille haute, portés avec des pulls en laine froide, des écharpes imprimées qu font oublier les cravates. En travaillant les belles pièces, la grammaire mode de Mélinda Gloss semble avoir toujours fait partie de notre dictionnaire. Ici, il est question de ce fameux classique intemporel, celui qui éveille le désir et donne envie de s’habiller pour plaire aux autres, et à soi.

Demeulemester présente une collection sans Ann

Sébastien Meunier qui a collaboré quatre ans aux côtés de la créatrice originaire de Courtrai préserve et retranscrit les codes de la maison. Cette alchimie mélancolique se traduit par l’absence de couleurs et par la présence du traitement des matières, de la ligne fine et affinée par les vêtements. Louise Bourgeois et Robert Rauschenberg sont les artistes qui inspirent cette collection. Rauschenberg renvoie ainsi à la lithographie, au traitement industriel des écrans, à la dimension sérigraphique, aux transferts des émotions.

Demeulemester Fashion Week Paris Homme 2014

Bourgeois parle de la notion de l’éternelle jeunesse, de la dimension sexuée et asexué des corps, du rapport aux autres. Ces obsessions s’effacent et se révèlent sur des toiles-blouses d’artistes. Les  bords légèrement effilochés et francs sont toujours les signes du temps qui passent alors que les gerbes de blé évoquent ces temps qui ne reviendront plus. Les vestes épaisses en coton s’habillent de rayures verticales translucides pour nous donner une ligne de fuite à suivre pour comprendre de quoi sera fait nos lendemains. Une très belle et discrète passation de savoirs.

Martin Margiela est dans sa maison

Ceux et celles qui vivent dans la maison Margiela sont habillé(e)s de blouses blanches. La maison est un laboratoire mais aussi un atelier, peut-être une pharmacie où la substance même, en est la recherche et la créativité. La formulation de la saison prochaine est un assemblage moléculaire de « luxe spongieux », de « décalage désordonné », de « classique en touches », de « basculement en dehors ».

Martin Margiela Fashion Week Paris Homme 2014

Comme pour chaque nouvelle collection, les savants du label s’amusent de déconstruction, pour créer à partir d’un segment de l’ADN de son créateur et de son invisibilité. Déchiquetez les vêtements, assemblez deux chemises en une et collez un pantalon gris traditionnels avec une jambe de jeans en cergé. La réplique des objets renvoie à la relique des pièces fétiches. La toile de parachute nous aide à retomber sur terre en douceur tout en jouant le casse-cou.

Junya Watanabe aime la tradition japonaise

Encore du bleu dans tous ses états dans la collection de Junya Watanabe pour ce printemps été 2015. Le vêtement de travail fait écho au patchwork traditionnel japonais qui renvoie aux classes modestes et au monde paysan.

Junya Watanabe

Des motifs en fleurs de camélias, des ondes ont été envoyées sur des plaques de filets, de denim, des tissages. Comme nous l’a proposé Jean Paul Lespagnard, un simple carré de tissu indigo se noue avec les angles pour fabriquer un sac, baluchon ou bandoulière pour prendre la clef des champs.

À suivre