Épanouie en Schiaparelli

La belle au bois dormant, Elsa Schiaparelli, qui a fermé ses yeux pendant soixante années, a reçu, la saison dernière, le baiser de Marco Zanini. Venu du royaume de la reine Donatella puis descendu de son cheval sur la Montagne Rochas, Prince Marco loin de signer d’un "Z" l’univers de la mode, a usé de son french kiss ou d’un « bon roulage de pelle à l’italienne » pour un « Once upon a time ». C’est charmant. Sans vouloir paraître Schocking, c’est du joli, cette petite histoire romancée. Nous sommes en 2014, au début du mois de juillet, en cette semaine parisienne qui annonce la Haute-Couture Automne/Hiver 2014-2015.

Il était une fois, la Mode

Il est important, dans un conte de fées, de ramener une notion de temporalité car au fil des pages de tous les livres d’images, l’effeuillage nous fait comprendre que tout change au final : les goûts des femmes, la narration, le processus de création, le trompe-l’œil, les fées, les chapeaux, les sorcières, les époques, la manière de fabriquer des vêtements, les formes. Pourtant, une chose reste immuable : la coupe, le travail d’atelier, le flou, le moulage, le fil que l’on passe dans le chat d’une aiguille, le boulotage d’un ourlet dans un tissus de soie, le mille-feuillage d’un tulle, l’architecture d’une broderie, les heures passées sur une robe couture, les jours et parfois, les nuits.

Elsa Schiaparelli Automne Hiver 2014-2015

Dans un pays très très très lointain

Nous sommes en 2014, au début du mois de juillet, en cette semaine parisienne qui annonce la Haute-Couture Automne/Hiver 2014-2015 et la collection Elsa Schiaparelli est surréaliste. Le résultat a son effet voulu. À moins que ce ne soit l’inverse. Non pas parce que son créateur fusionne l’ensemble des procédés de création et d’expression utilisant toutes les forces psychiques comme l’automatisme, le rêve, et l’inconscient en se libérant du contrôle de la raison, luttant contre les valeurs reçues des systèmes de mode. Elsa Schiaparelli faisait du surréalisme de son époque et Marco Zanini comme un disc-jockey en sample les meilleurs pistes et codes in house pour les exagérer et les pousser à l’extrême, à l’extrême. Oui à l’extrême Darling !

Le surréalisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de certaines formes d’associations négligées jusqu’à lui, à la toute-puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée. Il tend à ruiner définitivement tous les autres mécanismes psychiques et à se substituer à eux dans la résolution des principaux problèmes de la vie.

André Breton

Le conte de fée est une quête

Il est vrai que l’héritage de Schiaparelli est richissime avec une pluralité encodée et surlignée. Marco Zanini s’essaye à une collection audacieuse qui se voudrait non-conformiste et rayonne de flamboyance par le choix d’aplats de couleurs pushy, tonalités intenses hollywoodiennes sur une gélatine Kodachrome. Si la collection est en phase avec l’esprit éblouissant d’Elsa, les clientes jugeront si elle est phase avec notre temps. Les costumes sont un atout pour exacerber sa féminité sur un red carpet, à une cérémonie ou pendant une promenade sur le canal Saint Martin quand le pont tournant de la Grange-aux-Belles s’actionne au klaxon d’une péniche. Les Souvenir de Paris incarnent ce chic absolu qui irradie au-delà de nos frontières.

Féminité exaltée et élégance sophistiquée suscitent une véritable surprise. Confiante en elle, la femme Schiaparelli ose et assume fièrement sa fantaisie. Sa présence est une affirmation, celle d’une allure résolument parisienne

La Maison Schiaparelli

Métamorphose, il se passe quelque chose ?

La Haute Couture de la saison prochaine se veut animée par des imprimés et des broderies. Les tailleurs à la coupe architecturale sont comme des croquis de mode en 3D. La silhouette s’étire comme une pâte à modeler avec une taille sablier, une ligne d’épaule marquée, des arrondies qui font la différence. Les belles techniques d’un savoir-faire artisanal, liées à l’esprit couture sont au rendez-vous : plumes d’autruche noires glycérinées pour se transmuter en fourrure de donkey-kong, le chic de l’alligator façonné à la main contraste avec le cheap branché des franges synthétiques lamées multicolores.

Elsa Schiaparelli

Il est minuit

Les bijoux en pâte de verre, cristal, laiton et cuivre, font écho aux boutons-bijoux façonnés main de la créatrice-fondatrice. Ils prennent des formes en feuilles de lierre, en papillons de nuit et en cœurs percés de flèches. Pour les accessoires, les sacs portent le nom de Suite N.7 en alpaga, breitschwanz ou vison arlequin orné d’un cadenas inspiré d’une broderie Schiaparelli de 1938.

Mon corps frémit

Coté matières, de la panne de velours noir en jacquard, du velours de soie côtoient des imprimés twistés d’animaux citadins. Les techniques traditionnelles d’impression au cadre ou chaîne sont utilisées. Chaque série porte un titre comme Dans les ombres du jardin avec ses papillons de nuit sur feuilles de lierre, Les Amis d’Elsa avec ses fox-terriers, ses boxers et ses caniches, Central Park avec ses écureuils et ses rats et Les pigeons de Notre-Dame qui représente une envolée de pigeons. Les Souvenir de Paris incarnent donc ce chic absolu qui irradie au-delà de nos frontières. Une ritournelle…