Le Galion, Parfumeur à Paris

Avez vous déjà eu l’envie de subir un Sortilège à la rencontre d’une Tubéreuse, au croisement de La Rose ou d’un Iris. Ne soyez pas Snob, dites nous la vérité et n’appelez surtout pas le 222 en actionnant le cadran de votre téléphone en bakélite, car l’indicatif de New york est le 212. Whip ! Il est peut être temps de vous tourner vers une Eau Noble avec ce truc un peu Special for Gentlemen. Les noms que nous évoquons sont dans l’inconscient collectif. Et si jamais ce n’est pas le cas, il est grand temps de prendre Le Galion pour découvrir de nouveaux rivages. Nous avons rencontré Dominique de Urresti, héritière du patrimoine de cette maison fondée par son père, Paul Vacher, son nouveau propriétaire, Nicolas Chabot et le nez, Thomas Fontaine. Trois interviews qui dévoilent le rituel du bien-parfumé et du bien-créé à la française.

Hisser la grande voile et partir

Le Galion est une invitation à un voyage de l’intime vers un ailleurs. Cette croisière fend les mers et les océans d’un point à un autre, d’une rive à une autre côte et transperce les frontières de nos imaginaires pour réellement nous faire découvrir nos territoires inconnus. Le parfum et sa construction en pyramide révèlent alors, par ses notes, d’où s’échappent des sentiments enfouis en nous. Cette destinée, du visible à l’immatériel et de la matière à l’invisible, se tisse de trajectoires olfactives.

Le Galion

Ce sont des ponts dont les voûtes sont connectées aux arts, aux cultures et aux changements des époques. Impossible, alors, de dissocier les codes in-house de la Maison Le Galion avec l’Art Déco. Le mouvement est une rupture à l’Art nouveau, trop mou, trop nouille, trop ondulé. Avec l’Art Déco, nous allons à l’essentiel avec des lignes simples, des structurations classiques et une composition parcimonieuse du décorum. Voilà pourquoi les flacons et le packaging au codes noir et blanc, dont les jus sont d’or, s’orchestrent à travers une idée de l’ordre, de la symétrie et d’un sobriété dans la volupté.

Les codes 1930 sont intemporels

Pas besoin, donc, de repenser à l’identité de marque, ni de faire un branding en perfusion d’ADN car tous les éléments du puzzle ont survécu à travers le temps. Dans ce respect d’un savoir-faire en héritage, tout en transmission, son nouveau propriétaire,  Nicolas Chabot, garde le cap sur cette volonté d’offrir une très belle parfumerie. Nous sommes en 2014. Le vent en poupe aux commandes du Galion, Nicolas écoute les précieux conseils de Dominique de Urresti, héritière du patrimoine.

Les deux complices sont animés par l’amour de l’excellence, l’envie de faire du Beau et de redonner du sens aux senteurs. Nicolas a fait ses classes chez LVMH. Dominique est la fille de Parfumeur Paul Vacher. Lorsqu’elle vous parle de sa maison, ses yeux brillent avec ce filet d’émotion dans la voix qui traduit un sentiment heureux. Dominique connait tout par cœur tant l"histoire que les senteurs et les matières associées aux jus emprisonnés dans les soliflores. Le flacon est la spécialité de la maison pour en sublimer le contenu.

Le baiser du prince charmant

Si vous lui évoquez la date de 1935, elle vous racontera que le Prince Murat a cédé sa société à son père. Elle vous fera comprendre avec humilité et pudeur que de 1935 à 1975, Paul Vacher était un parfumeur star mais confidentiel. L’homme travaillait pour la maison Dior mais préfèrait l’alchimie de la création à la sur-exposition. Monsieur Vacher est une légende de la parfumerie , au même titre qu’Ernest Beaux, Ernest Daltroff, Jacques Guerlain ou Edmond Roudnitska.

Le Galion

Dans cette vie en électrocardiogramme, il y a aussi des up et des down. Que serait le bonheur si vous ne vous retrouvez jamais en situation d’échec pour entamer un nouveau cycle avec succès et apprendre de cette expérience. En 1980, la société Le Galion est vendue a un groupe américain qui n’en comprend ni l’élégance, ni la simplicité, ni les bonnes manières et encore moins le sens de la qualité. Bref, qui n’y comprend absolument rien du tout et plongea la belle au bois dormant dans un sommeil plus que profond.

Retournement de situation

La renaissance de la maison Le Galion montre ce désir profond d’un come-back à des valeurs essentielles et des convictions belles. N’y voyez pas un regard dans le rétroviseur à un classicisme français. C’est un retour vers le futur qui marque la  modernité exprimée par l’Art Déco. Le consommacteur , au-delà de renouveler avec un geste un rituel, donnera à son pschitt un militantisme qui s’oppose aux fabricants de lessive. Ceux qui se sont mis au parfum comme l’on développe un détergent.

Guy Bourdin

Pschittez-vous Mesdames de  Sortilège, aux notes de tête, de muguet, de lilas, de Ylang Ylang, d’Aadéhydes, aux notes de cœur de jasmin d’Égypte, de mimosa pays, de narcisse, de rose Turque, d’Iris et aux notes de fond de santal, de vétiver, labdanum, de muscs, et d’ambre. Messieurs adoptez une nouvelle attitude en rupture avec ceux qui ne savent plus vibrer n’y s’exprimer correctement avec Special for Gentlemen, aux notes de tête de bergamote, de citron, de lavande, de galbanum, aux notes de cœur de cannelle, d’ambre, de ciste labdanum, de patchouli et aux notes de fond de mousse de Chêne, de vanille, de castoréum, d’opoponax.

X = Y - A

Le déclic pour Nicolas Chabot s’est opéré lorsque, par hasard, aux puces, il est tombé sur un ancien flacon de Le Galion. Son sang n’a fait qu’un tour et son cœur a chaviré. Le Galion, son univers impitoyable et si fabuleux, doit comme un quetzal renaître de ses cendres. Mais reprendre une maison n’est pas une affaire aussi féerique comme nous pouvons l’imaginer. Les normes dans la législation des formulations et des matières premières sont plus codifiées, de nos jours. Le nez Thomas Fontaine a relevé le challenge une de fois de plus avec brio et subtilité afin de ré-inventer certains jus tout en préservant l’aura de chacun. Thomas Fontaine nous répondra qu’il est Impossible d’en connaître et d’en percer le secret de la justesse de ses créations pyramidales et olfactives. Nous apprendrons juste qu’en mélangeant un peu de X avec un peu de Y, nous pourrons obtenir la matière A… La création doit garder une part de magie et de non-défini. Nous retrouvons cet état d’esprit dans les illustrations de Jacques Darnel et dans les photographies de Guy Bourdin. Intemporelles ! L’émotion produite par ces images, marque dans ce total art, toute la différence, loin des images créées pour répondre à des statistiques et des études sectorielles.

À suivre