Jour 2 - Fashion Week SS15 - Guy Laroche

Le terme tendance est relayé de plus en plus souvent à l’univers d’un système fast fashion. Le sens du mot pétillant et excitant dans les années 80 s’est donc déplacé vers un nuage artistiquement flouté et lié au cheap mais aussi au marketing. Balancez donc un « c’est quoi la tendance » à un créateur et il vous répondra qu’il s’en fiche totalement. Le designer est une « éponge » qui capte l’air du temps pourtant… Mais ce ne sont pas les tendances qui essoufflent un système de mode mais les rythmes effrénés du prêt-à-porter devenu un prêt-à-jeter. Cet adage ne colle pas à l’esprit de Guy Laroche.

Soyez élégante

Sous l’impulsion du talentueux Marcel Marongiu, la maison Guy Laroche définit une femme contemporaine, libre dans son époque et qui pourra s’habiller des looks qui défilent. Ici, nous parlerons de Lifestyle en mouvement. Depuis déjà pas mal de saisons, Marcel pense une silhouette qui est parfois insouciante, un peu mondaine-bourgeoise mais toujours moderne avec une brise de folie.

Backstage Guy Laroche
Quelques minutes avant le show

Cette saison, la fantaisie reste arty dans une palette de couleurs maîtrisées : bleu marine, et bleu célestin, jaune gazouillis, gris d’eau, coquille et bordeaux. L’intelligence de maîtriser les couleurs fait que vous pouvez mesdames jouer avec les camaïeux.

Avoir de l’allure

Si Marcel capte les nuances du cercle chromatique, il a aussi un compas dans l’œil pour aller vers l’essentiel, dans le sens de la coupe et des volumes nonchalants et branchés. Yes Yes Yes, Guy Laroche est une maison branchée à notre temps parce qu’elle propose au-delà d’une attitude la possibilité à la Femme d’avoir de l’allure : un vrai luxe !

Guy Laroche Backstage
En backstage, Guy Laroche

Au premier look, nous avons vu apparaître tel un revenant un truc à la Jean Patou. Sans doute à cause d’un fantasme sportswear, mais l’inspiration de la saison se retourne vers Claire Mc Cardell. N’imaginez pas les modèles en sneakers et yogging bling bling. No Way ! Quand Marcel Marongiu pense « les loisirs » et « le grand air », il effeuille les livres d’histoires de la mode faisant un focus sur Mademoiselle Mc Cardell. Elle a traversé les années 20, les années 30 et les années 50 pour habiller celles qui ont vécu dans la société des loisirs.

La Société des Loisirs

Marcel Marongiu n’est donc pas tombé dans le piège de la tendance, pardon du lifestyle, insufflé par Olivier Saillard avec l’exposition Les années 50 de 1947 à 1957 mais a puisé la vibes dans un style épuré, efficace, graphique, et luxueux. Pas show off mais bien pensée, la ligne définit donc un nouveau luxe. Il est plus intime, pas ostentatoire, sobre. Si la petite robe noire est devenue une icône, la salopette Laroche va devenir un must-have à rééditer.

Guy Laroche Backstage Fashion Week Paris 2014

Elle est structurée comme celle portée par l’homme mais forcément twistée et hormonée de phéromones. Les femmes ont piqué aux vestiaires masculins pas mal de pièces pendant la seconde guerre mondiale. Nous oublierons donc la fonction working-girl pour l’envisager comme un nouveau smoking. En full time spring, elle sera combinée à un haut de bikini.

Formulation et fiting

La fantaisie de la saison nouvelle se retrouve dans une autre combinaison. Elle tisse une étoffe faite de raphia, de soie et de lurex. Les robes en all-over sequins mat&shiny font écho à la saison dernière et à un plumetis traité king size dots.  Sauf que cette fois-ci, la structure évoque Calder. La lumière est abordée en touches. La météo change, le climat se dérègle et un caban souple s’insère dans le plan de collection.

Guy Laroche Backstage Fashion Week Paris 2014

Le fiting de la ligne est parfois près du corps, avec une taille accentuée et définie d’une découpe au laser. Dans cette technique, l’effet dévoré invite à dévoiler les layers de la silhouette avec des empiècements tricolores en cuir souple. La peau reste le fil conducteur des collections de Marcel Marongiu pour Guy Laroche. C’est sensuel, n’est-ce pas, avec des rayures en électrocardiogrammes, des imprimés foulard qui volent au vent.

Le NightWear

La sensualité est aussi présente le soir. Avant de laisser tomber la robe pour rencontrer la chair, la coupe en biais renvoie à une autre créatrice, Madeleine Vionnet. Les cuirs sont alors grattés comme un peintre travaille sa toile avant de finaliser son oeuvre. Ils sont anoblis d’impressions pop-art. L’encolure au V plongeant signe le V de la Victoire pour un jeu d’une puissante séduction. Elle a du caractère la femme Laroche-Marongiu et encore plus de tempérament avec le bon accessoire, un sac un vernis granuleux et la paire de chaussures pour courir sur le macadam parisien. Et, comme une chatte qui s’étire au soleil, la silhouette s’allonge… Les robes bain de soleil, recouvertes de larges morceaux de plexiglass colorés sont pop, rétro-moderne-futuriste. Cette dimension s’affirme de la tête aux pieds avec des sandales à trois boucles et des lunettes carrées… Le cartable à soufflets ne nous donnera pas l’envie de nous retrouver sur les bancs de l’école.

Photographie Aymeric Le Breton — albphoto.fr