Jour 3 - Fashion Week SS15 - Manish Arora

La collection de Manish Arora pour le Printemps/Été 2015 est une rencontre du troisième type. Les impressions numériques et les imprimés se jouent de floutés pour fabriquer une mirage intercosmique. Entre le réel et l’irréel, nous entrons dans une twilight zone. C’est un rêve éveillé qui nous propose un paradoxe en trompe-l'œil avec des broderies irisées.

Sirène spatiale

L’île tropicale laisse la place à une nouvelle planète étrange comme si Manish Arora était devenu un Ulysse 31 des temps nouveaux. Les mannequins sirènes de ce nouveau monde sont des apparitions en contre jour et avancent dessinées par des rayons d’un soleil chatoyant d’une  longue traversée. Le « full été » temporalise une nouvelle timeline. Nous pouvons comptabiliser le temps qui passe en dénombrant les 3D brodées roses et vinyles sur des mousselines. Les yeux graphiques nous envoient un code hypnotique sous des panneaux holographiques. L’âme est alors captivée.

Manish Arora

La bohème est une voie lactée

Toujours fidèle à ses codes, Manish Arora superpose et recompose en couches multiples les silhouettes de ces créatures. Dans ce jeu du masqué et du dévoilé, ce n’est pas la question du inside/outside qui se définit mais le rapport au corps qui s’expose pour mieux se cacher. Il n’y a rien de tel que d’être super vue pour passer inaperçue dans le meilleur des mondes. Les attrapes regards sont des détails, des broderies et des bijoux . Les trois éléments se cachent et parfois brillent, étincellent derrière un voile translucide de nylon comme une pellicule translucide, un verre dépoli. Le tricotage et la rayure sont des messages liés comme une toile d’araignée hyper-connectée. 

Programmer le style

Dans les collections de Manish Arora, il y a toujours une part de bohème et un désir de fédérer les influences et les cultures diversifiées. Les effets réfléchissants sont une auto-réflexion à la fois ludique sur une présence, un passage, un look comme une apparition. Et dans ce grand mic mac pas chaotique mais bien étudié, le nacré, la broderie et les paillettes construisent une grammaire anoblie, embellie,  sous couveuse, légère et aérienne.

Manish Arora

Dépasser le mur du son

Dans cette conquête spatiale qui aurait fait craquer Stanley Kubrick, les amazones-astronautes ne sont pas vraiment là puisque déjà parties bien loin. Far Far Far away, dépasser le mur du son donne forcément des hallucinations lunaires, saturniennes, vénusiennes comme des millions d’étoiles qui s’entrechoquent dans un big bang kaléidoscopique.

La matière 0-1

Le mesh et la maille technique sportive sont doublés d’un lurex irisé. La combinaison téléporte de longues silhouettes dans des looks space-wear : un t-shirt inspire une nouvelle attitude sportives aux découpes tubulaires avec des visières holographiques pour scintiller. La gamme est aux tonalités roses et à la gourmandise avec une ligne chromatique pêche. Même dans l’espace, les matins sont bleus et la ligne de mire reste d’un blanc diamant. Pour couronner le tout, les spartiates sont cyber, en pvc holographique. Les colliers prismatiques recomposent des anneaux en plexiglas, coupés au laser. C’est net et précis pour ne pas provoquer de fausses manœuvres. Pour découvrir la collection, il ne faudra pas prendre un billet pour l’espace mais à peine un ticket de métro, un pass Vélib ou un taxi pour retrouver la collection du créateur dans son Flag Ship Store de la rue Rouget de Lisle.

Photographie Aymeric Le Breton — albphoto.fr

À suivre