Hyères 2015 - The Formers #xxxh

Zoom sur The Formers pour l’édition 2015 du Festival de la mode et de la photographie internationale de Hyères. Nous sommes allés à la rencontre de Cunnington & Sanderson, Liselore Frowjin, Marit Ilison, Coralie Marabelle, Mareunrol’s, Louis-Gabriel Nouchi, Roshi Porkar, Tiia Siren, Steven Tai, Yulia Yefimtchuk et Kenta Matsushige. Elles et ils nous ont accordé avec le une interview pour nous confier leurs expériences passées. The Formers est présenté par Mercedes-Benz qui propose un espace dans l'évènement, dédié aux "anciens" candidats. Dans les jardins de la Villa Noailles, l’artiste Marc Turlan orchestre les univers des créateurs avec des pixels de miroirs, des facettes en mosaïque pour exprimer tous les angles de vue de la nouvelle scène créative. Elles et ils sont les mieux placé(e)s pour nous raconter leur festival… Un moment intense et unique…

Passer par Hyères change et changera une vie. Le festival destine alors une trajectoire pour ceux et celles qui utilisent un vêtement "habité" de valeurs et de convictions. Des jeunes gens modernes qui pensent et réfléchissent et font souvent un travail en introspection sur leur processus créatif. La mode est un langage qui trouve un écho puissant sur des corps vêtus, ou dévêtus. Dans cette bulle dans la bulle, la notion de temps se perd et s’étire comme le fil d’Ariane dans les murs de la Villa Noailles. Marc Turlan a donc rythmé un parcours avec des petits morceaux de miroir. Mis bout à bout, la mosaïque forme un miroir. Ce même écran que nous retrouvons dans les ateliers des couturiers quand au moment des essayages, il est question d’observer, modifier, faire évoluer une toile, une enveloppe sous toutes les coutures.

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Hyères voit donc "différent" et déniche des jeunes pousses. Elles et ils fleurissent, rayonnent déjà par leurs propositions nouvelles et affirmées. Cunnington & Sanderson ont été le gagnant du grand prix du jury L’Oréal Professionnel en 2008. Pour Mareunrol’s, c’était en 2009. Le prix Chloé a été remis à Steven Taï en 2012. Liselore Frowjin et Roshi Porkar pour leur label respectif l’ont reçu en 2014. Tiia Siren était la gagnante du grand prix du jury Première Vision en 2012. Le prix du public / ville d’Hyères a été décerné en 2014 à Coralie Marabelle. Louis-Gabriel Nouchi est le créateur sélectionné de l’édition 2014. La même année, Yulia Yefimtchuk avait été primée de la mention spéciale du jury.

Kenta Matsushige, la douce émotion

Kenta Matsushige est revenu sculpter son jardin. Le lauréat du Festival d’Hyères primé en 2014 retrouve avec une joie intense et maitrisée la Villa Noailles. Avec des coupes et des volumes équilibrés, Kenta poursuit son obsession pour des détails subtiles, des lignes modernes et cohérentes. Son travail adhère à notre époque. Les Métiers d’art de Paraffection de la maison Chanel, les broderies de la Maison Lesage, les plumes de la Maison Lemarié, les chaussures Massaro, les chapeaux de la Maison Michel l’ont appuyée  et soutenue. Tessilbiella, Reggiani, Tessilidea et Nikke, fabricants du salon Première Vision ont fourni une partie des tissus. 

Il est question de constructions et d’assemblages qui promettent un nouveau jour. Le soleil se lève et joue à cache-cache avec nos regards à travers des broderies. La trame de l’intrigue consiste à reprendre des obliques, hommage aux agencements des croisillons de bois dans les paravents. C’est la technique du Kumiko. Avec cette collection nommée Jardin sculpté, deux cultures s’effleurent et fusionnent  tout comme les délicats nénuphars en plumes pastel qui se découvrent dans les plis plats d’une robe. Dans cette formulation stylistique, la rigueur de l’architecte destine une mode bien pensée.

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Carlo Scarpa en est la source. Les lignes géométriques fondamentales vont ainsi à l’essentiel. Les couleurs pures, le gris et le blanc sont comme des matériaux brutes et pures. Ce sentiment est renforcé par la popeline de coton, la laine. Les matières sont naturelles. Les teintes briques et vert d’eau sont un écho à la Vénétie, aux bâtiments de cette région dont Carlo Scarpa est originaire.

Le souvenir de Cunnington & Sanderson

L’élégance est le trait d’union entre Cunnington & Sanderson. Sur une page noire, la main qui tient un stylo dessine une série de questions. Artisans, tisserands, façonniers répètent des gestes et des rituels, mais la main de l’homme qui façonne les étoffes, les tissus, les matières et des vêtements laisse-t-elle une part d’irrégularité ? La réponse est dans l’invisible et dans la magie de la création. Un trait d’union qui tisse donc des liens et s’interroge sur la  finition d’un vêtement mais aussi sur son usage. Dans cet entremêlement de tissus, la ligne fluide et en mouvement exprime un sentiment inhabituel de déséquilibre-rééquilibré.

Étrange et intéressante, la technique du drapé et un sens de la coupe innovant proposent une posture, un statut. Loin d’une émotion intense, d’une révélation qui se voudrait dramatique, portez du  Cunnington & Sanderson vous donnera l’allure. La soie, la laine sont des matières affectives qui joue à peau contre peau. L’esprit de Pianola Grana flotte une fois de plus dans les jardins de la Villa Noailles. 

Un instant pétillant avec Liselore Frowjin

Diplômée d’Artez, Arnhem, en 2013, Liselore Frowjin est pétillante et radieuse comme les collections qu’elle élabore. A Amsterdam, elle a installé son studio de création. Il y a chez Liselore une touche de paper-cut en référence avec les découpés de Matisse. Dans une vie sur la touche "On", il est alors question d’avoir la fureur de vivre, de prendre du plaisir avec la vitesse, mais aussi le sport. Un corps sain dans un esprit sain où la danse laisse évoluer un corps en mouvement et dans l’air du temps.

Liselore Frowjin a été soutenue par Puntoseta Conflux, Picos Comercio Textil Limitada, Zoom by Fatex Jakob Schlaepfer, HOH Hoferhecht Stickereien, Sophie Hallette, Brugnoli Giovanni, MTT Manifattura Tessile Toscana, Tessilidea, LMA Leandro Manuel Araujo, E. Boselli & C, Jackytex, Tessuti AMaglia, Mantero Seta, Lanificio Di Sordevolo, Première Vision Ska Italia, A.B.C. Morini, JRC Reflex - Modamont et la maison Swarovski.

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L’underprocess de Coralie Marabelle

Coralie Marabelle ne s’impose pas de limites dans le plaisir de décloisonner des matières pas forcément à la mode, ou destinées pour la mode .Elle ne suit que ses émotions pour les rendre définitivement mode. La talentueuse pense ses collections au féminin depuis Paris. Coralie a fait ses armes chez Hermès, Maison Margiela et Alexander McQueen.


Coralie a remporté, enchaîné prix et récompenses : celui du public à Hyères en 2014 pour sa collection de vêtements pour femmes et a été finaliste pour le grand prix de la création de la ville de Paris la même année. Les bergers du nord de l’Iran ont été une inspiration qui renvoie à la figure d’un David Bowie jouant les Ziggy Stardust… Elle métamorphose tant les matières que les apparences.

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Mareunrol’s et le to be continued

L’esthétique de Mareunrol’s propose une idée de la plénitude dans un dressing à porter qui dure et vous accompagne au fil de votre vie. De la miniature d’installations aux  formats réels de pièces de mode, Marite Mastina et Rolands Peterkops expérimentent des désirs. La narration occupe une place importante dans les collections du duo.

Parfois surréaliste, souvent mystique, la mode de Mareunrol’s est une philosophie à porter.  Depuis 2002, la création de collections est rythmée par un design conceptuel. Au fil des saisons, "Nightmares", "Private Detective" sont des séries en version "to be continued"… A suivre… Le duo est installé à Riga, en Lettonie et mène une enquête stylisée au delà du lifetstyle.

Louis-Gabriel Nouchi, un puzzle à élucider

Louis-Gabriel Nouchi a été révélé par un esprit manga dont la muse est cette "Princesse Mononoké". Dans cette collection qui la fait connaitre lors de la vingt neuvième édition du Festival international de la mode et de la photographie de Hyères , il s’est joué de patchworks pour élaborer des vêtements d’une douzaine de pièces.

Isolés et indépendants, uniques mais à recomposer avec l’idée d’une panoplie en mutation, les pièces sont et forment un chacun et un tout cohérent. Taroni, Malhia Kent, JakobSchlaepfer, O’ Jersey, Jackytex-Tessuti A Maglia, Première Vision avaient produit cette collection. Les cristaux sont signés et offerts par Swarovski.

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Un invitation à voyager pour Roshi Porkar

De ses montagnes autrichiennes, Roshi Porkar cherche à percer une ligne d’horizon, peut être pour aller plus haut mais surtout pour s’évader.  Elle a étudié à l’université des Arts appliqués de Vienne. Son diplôme en poche en 2013, la créatrice a pris son envol vers New York. Un aller-retour pour s’enrichir de rencontres et s’installer à Vienne. Le retour aux sources lui permet d’être une citoyenne du monde qui s’amuse d’une idée de faire une mode comme une time-line stylistique.

Son passé se veut réinventé. Roshi aime l’idée de matérialiser un rétro-futur, une ligne et une silhouette entre deux temps, deux mondes. Sa femme est un funambule en équilibre sur un fil.  Ricamificio Paolo, PremièreVision, Abip by Russo Di Casandrino, Cuir à Paris et la maison Swarovski l’ont soutenue.

Le feu et la glace de Tiia Siren

Entre le feu et la glace, Tiia Siren est comme la Finlande. Ses collections sont donc des autoportraits où elle cherche à l’intérieur de son cœur des vibrations à matérialiser, et des humeurs aussi. Froid ou chaud, la créatrice vous fera fondre par un charisme tranché et un esprit vif. Cette année, elle est venue seule. Elle avait été découverte avec ses deux complices Elina Laitinen et Siiri Raasakka.

Son Homme parle de prendre la vie à bras le corps et d’exprimer une liberté. Il est alors question de courageux, de sous-culture, d’anti-fashion. Entre nous, il ne faut rien voir de déluré dans cette démarche, juste une vision du streetwear sous l’angle de la révolte, dans la rébellion. L’artisanat finlandais fusionne avec le trash sophistiqué et des matériaux luxurieux.

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Tout n’est qu’harmonie avec Steven Tai

Steven Tai a remporté le prix Chloé au festival de Hyères en 2012. Il est né au Canada et s’est installé à Londres. Diplômé de Central Saint Martins, le jeune homme a acquis son expérience chez Stella McCartney, Viktor & Rolf, Hussein Chalayan et Damir Doma. Il a été bercé par le bruit des machines à coudre de l’atelier de confection de ses parents qui fabriquaient des vêtements de sport techniques pour le cyclisme et le triathlon.

L’expérimentation des textiles et des procédures est le moteur créatif de Steven. L’artisanat reste important et impeccable. Le designer a pour quête de mettre en volume la notion de folie et de portabilité. Son état d’esprit est de proposer des vêtements pour une femme un peu garçon manqué. Son sportswear est easy et cool.

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Le message de Yulia Yefimtchuk

Yulia Yefimtchuk est originaire d’Ukraine. Elle est diplômée en 2009 de l’Institut des arts décoratifs appliqués et de design à Kiev. Sa collection, produite avec le soutien de Progetto Uno Srl, Utexbel, Teseo - Première Vision, rend un hommage à Kasimir Malevitch. Dans cette opposition monochrome versus slogan, les images et affiches de propagande russe passées sont ré-inventées sur les tissus.

Ils se posent sur des habits pour dénoncer l’instrumentalisation du corps de la femme. Le paradoxe à double sens est de le transformer en parure, en bannière. Alors que dire ? Dans ce voyage en introspection, L’histoire de son pays en image est sa source d’inspiration. Ce processus est la base de sa réflexion. L’interrogation met un point sur la  commercialisation capitaliste de la féminité et l’endoctrinement poussé du communisme. Des états d’âmes aux corps, rien n’est vraiment absurde quand la mode est culturelle et politique. Au début du 20e siècle, la déconstruction des éléments de la peinture connaît une accélération vertigineuse avec le fauvisme, le cubisme, le futurisme et l’abstraction. Bien plus qu’un vêtement, Yulia exprime le fait que nous ne pouvons nous fier à notre seule perception, à un unique discours, à une unique information. Il faut investir des imaginaires, voir au-delà des surfaces. L’articulation entre la mode et la propagande donne un nouveau sens à un système hybride.