Suite Deluxe au Chelsea Hotel

Maurice a donné l'addiction "à la création" à la charmante Stéfanie. Dans une vision aux regards croisés, Renoma père et fille rendent hommage à l'hôtel de New-York le plus mythique... De part ses stars et people qui y ont vécu une nuit, une semaine, pour la vie... Logique donc d'être habité par son costume et de vouloir matérialiser un lifestyle comme un miroir qui nous téléporte de chez Renoma à Big Apple. Maurice veut nous donner le Vertige. Pour faire bande à part et affirmer sa rock-attitude, Stéfanie organise sa propre exposition au 118 rue de Longchamp. Chez elle, la directrice Artistique collabore avec huit photographes pour rendre ce Tribute to Chelsea Hotel.

Petit minet

Maurice Renoma est resté un minet, un éternel adolescent qui survole les époques. Il a conservé un œil pétillant sur la mode et les modes. Maurice est un mec indissociable de la rupture des codes dans le vestiaire masculin. Les années soixante riment avec lignes longilignes, décloisonnements des tissus qui passent de la décoration à l’habit des Hommes. Son Homme à lui est toujours frimeur, évolue en bande et ne veut pas ressembler à Jean Gabin… A la sortie de la guerre, période cinquante pétillante et soixante sexy, Renoma écrit une partition musicale composée d’une clef de J comme jeunesse dorée parisienne, d’une croche comme une ligne près du corps so slim, d’une note qui résonne comme un tailleur pour femme androgyne bien avant de s’interroger sur le genre.

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Pierre Bergé et Yves Saint Laurent venaient flâner chez Renoma. Qui a fait porter le premier un smoking à une femme ? Dali offrait des tenues à Amanda…  People et rock star se vêtissent de looks atypiques. Muse et couturier, le tout Panam viennent aussi respirer l’air du temps dans la boutique de la rue de la pompe… Le 16ème se prend un choc émotionnel en plein arrondissement. Cet esprit a fait tache d’huile sur le mobilier, les valises, les tapis et les accessoires de mode. Maurice Renoma est un lifestyle bien avant que le concept touche toute la planète mode.

Le Chelsea attirait, comme une grotte féerique, des personnages venus de tous les mondes. Une femme réalisatrice, dont le nom m’a échappé, vivait au dernier étage dans un petit appartement où des serpents tropicaux se tordaient lentement dans des vitrines. Elle élevait aussi des iguanes et des varans, reptiles antiques appelés à la rescousse de la nouveauté. Nous y avons connu de doux retraités et des hurleurs, des prophètes, des silencieux, des anonymes parlant une langue inconnue et même un gourou indien à la barbe grise

Jean Claude Carrière.

Qui est In ? Qui est Out ?

Ce sont donc deux lieux opposés, distants et attirants… Nous avons une boutique Rue de la Pompe et un Hôtel au 222 West de la 23e rue, entre la 7e et la 8e Avenue. L’Atlantique est un miroir pour se regarder et engager une correspondance par l’image. La photographie, l’imaginaire, le non-vécu, le souvenir participent, alors, à une narration qui place les protagonistes à Manhattan dans le quartier de Chelsea.

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Douze étage, des escaliers, des chambres

Le bâtiment était le plus haut de New York en 1883,  avec ses douze étages. Une maison pleine de fenêtres connue et reconnue pour ses artistes, ses chanteurs, ses plasticiens, ses peintres, ses performers, ses squatteurs… Ils y séjournaient, parfois pendant des jours et nuits à l’infini… Des joies des drames, des passions, des disparitions… Dylan Thomas y meurt d’alcoolisme le 4 novembre 1953. Charles R. Jackson, auteur de The Lost Weekend, s’y suicidera un 21 septembre 1968. Nancy Spungen, compagne de Sid Vicious, y sera assassinée à coups de couteau un 12 octobre 78 dans la baignoire de la chambre 10010.

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Cinématographique… Chaque pièce murmure une intrigue… Dans un name-dropping cool et branché, nous balançons les noms de Jack Kerouac, Stanley Kubrick, Andy Warhol, Jane Fonda, Jimi Hendrix, Patti Smith, Robert Mapplehtorpe, Henri Cartier-Bresson, Arthur Miller, Bob Dylan, Stanley Kubrick, Shirley Clarke, Mitch Hedberg, Miloš Forman, Lillie Langtry, Ethan Hawke, Dennis Hopper, Eddie Izzard, Kevin O’Connor, Uma Thurman, Elliott Gould,  Edie Sedgwick, Kris Kristofferson, The Libertines, Anthony Kiedis des Red Hot Chili Peppers), les Pink Floyd, Joan Baez, Nico…. 

Underground

Le Chelsea Hotel est le dernier spot de  l’underground qui fait germer une créativité libre, pas marketisée, insouciante sous des flashs de sex, drugs & rockn’roll… Renoma est allé se promener dans les couloirs et les pièces en 2011.

AndyJulia Adelap

L’interdit au public d’y pénétrer n’a pas arrêté Renoma qui se ballade toujours avec son appareil-photo autour du cou. Alors que reste-t-il de ce glorieux passé ? Quand le papier-peint s’habille de patine, de graffitis et l’usure des murs nous murmure que nous ne sommes pas éternellement rebelles. Stéfanie a ressaisi la vibration au vol pour en faire un collection capsule.

Shoot the mood

Un peu Dean mais jamais down, les clichés mettent en image la vision de celui qui appuie sur le déclencheur et choisit son angle pour nous emmener dans un hors-champ surréaliste de l’hôtel américain. L’expo est un shoot chaotique mais structuré pour celui qui se laisse perdre. Sans prise de Lsd, la vision est kaléidoscopique et les marches d’un escalier sont des touches de piano pour nous téléporter dans un labyrinthe.

Clément Fontaine Guillaume Malheiro

Les clefs sont données à celui qui veut bien voir au-delà des apparences et plonger dans d’un halo de mystère. Rue de la Pompe, les collections passées font écho aux nouvelles et à la ligne de sa fille, Stéfanie, créée spécialement pour l’occasion. L’input créatif se fige sur des photographies, des fragments d’un passé qui construisent ce mood-board mutant. Nous descendons dans l’escalier pour plonger, step by step, dans les méandres d’une boîte de pandore. Mystique, trash et glamour pour réveiller la planète mode parfois endormie et couverte d’un voile corporate-absolu…

Crédits photographiques Maurice Renoma, Adelap, Any Julia, Bonazzini & Lorenzo, Clément Fontaine, Frédéric Monceau, Guillaume Malheiro, Lorenzo Accardi, Quentin Legallo