Rahul Mishra, une balade tropicale

Si le point de départ de la collection Printemps-Eté 2017 de Rahul Mishra est la Forêt Tropicale, le ressenti général nous emmène vers des émotions plus personnelles, un intime et des souvenirs solaires. En à peine quelques saisons, après avoir rendu une première nette et belle copie parfaite, Rahul Mishra parle aussi bien à une femme qui voudrait s'échapper à Saint-Tropez qu'à une babydoll qui voudrait aller twister à East Village. Sa règle de trois pour dessiner des strates, associer des matières et jouer de broderies, opposer les contrastes et les volumes, est toujours présente. Rahul Mishra s'est détendu pour s'affranchir de ses us et coutumes et nous emmener vers un vestiaire encore plus poétique, avec cette allure vraiment contemporaine.

L'Inde est toujours la trame d'une intrigue pour Rahul Mishra. Pour cette nouvelle saison, il s'est perdu dans sa forêt tropicale pour mieux se retrouver et amorcer une nouvelle histoire. Les collections de Rahul Mishra racontent de vraies histoires brodées à même les étoffes.

Un livre en pop-up brodé

Pour le Printemps-Été 2017, le vichy est le support de toutes les projections. Nous oublierons la valeur plus que classique du motif de tissu toilé en coton à carreaux tissés. Car le tissé teint, aux fils déjà teints, avant son tissage ne nous connecte pas avec le cliché du béret, baguette sous le bras si franchouillard... Rahul Mishra mise sur des dimensions de carreaux variables, en bleu, en rouge, en noir.

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Et dans une association avec un voile de soie aux couleurs franches comme un jaune pétillant, un bleu azur ou un corail marin, le créateur a la force de faire twister les codes du Vichymania avec des volutes et des volants plissés. Dans cette nouvelle proposition d'une babydoll affirmée et moins ingénue, la connexion se fait naturellement avec Jacques Esterel qui créa l'iconique petite robe en vichy pour les noces à Saint-Tropez le 18 juin 1959 de Jacques Charrier et Brigitte Bardot.

Je veux pour B.B. une création aussi élégante que les toilettes de Marie-Antoinette mais aussi simple que les tenues des filles de la campagne.J'ai dessiné une robe qui me rappelait les petites bergères du XVIIIe siècle - Jacques Esterel

La Toile n'est qu'une œuvre à destiner

Le vichy évoque alors la dissidence, la liberté et la fraîcheur. Il est clair que Rahul Mishra ne fait pas un copié-collé d'une robe taillée dans un imprimé à carreaux roses et blancs, surmontée d'un petit col Claudine en dentelle anglaise. C'est une nouvelle vague. Il a son propre univers à l'heure où les autres maisons ne sont capables que de faire un sampling du passé et de pièces iconiques immuables.

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Ici, pas de taille de guêpe rehaussée par un jupon ample et long, mais un déplacement de la taille sous la poitrine, des volumes tulipes qui se superposent sur des blouses, des tank-tops, des chemises, des jupes crayons avec un esprit néo-falbala... Voir magique...

Gipsy-Vaudoo

Le plus dans le traitement du tissage effectué en droit fil avec des fils de coton cardé ou filé, est de lui donner une dimension gipsy-vaudoo... La trame en bandes alternées bicolores et d'une chaîne en bandes alternées dans les mêmes couleurs est la formule d'une magie blanche... Que de bonnes vibrations dans le jeu en damier...

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Comme le Douanier Rousseau, la toile vichy de Rahul Mishra est un support post-impressionniste. De la luxuriance des forêts tropicales, le designer compose un tableau vivant où dans un esprit conservatory, il vient épingler des papillons, des oiseaux, des animaux... Nous retrouvons une fois de plus un corps message, parfois tabou, toujours totem.

Anthropologue de la mode en mutation

Si la saison passée, Rahul Mishra est parti sur l'idée d'un village traditionnel qui lutte contre un village global, le créateur, à la manière d'un anthropologue, s’intéresse aux écosystèmes vivants pour catalyser un système de mode. Il nous rappelle ainsi que la Forêt Tropicale abrite la plus grande quantité de la biodiversité sur la planète.

Au moins, les deux tiers des espèces végétales du monde, y compris beaucoup de belles fleurs exotiques poussent dans les forêts tropicales qui ne couvrent que 6% de la surface de la Terre. Elles contiennent plus de la moitié des espèces végétales et animales du monde, avec plus de 100 espèces en voie d'extinction tous les jours - Rahul Mishra

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Rahul Mishra n'est pas un enfant naïf, mais un créateur altruiste et engagé. Si le peuple Maori exprime, à travers le tatouage, ses valeurs et convictions, Rahul Mishra use de broderies pour faire une collection comme un livre pop-up. Il donne une nouvelle perspective à l’œuvre d'Henri Rousseau.

La broderie illustrée

En guise d'illustration, sans doute le souvenir d'un conte d'Andersen, une pétale de fleur se détache pour se métamorphoser en cygne... Et dans cette pulsion de faire des broderies en 3D, les feuilles se muent en zèbre dans un jeu de cache, une envolée d'oiseaux se détache d'un plastron pour disparaître vers une épaule...

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Dans cette envie sincère de valoriser un artisan traditionnel, l'innovation rime avec geste, le rituel de la main qui façonne, brode avec des techniques classiques-réinventées sur textiles naturelles comme le coton et le voile d'organdi. Les effets de surface en relief sur les textiles légers naturels reflètent des intrigues à travers les couches multiples : flore, faune, émotion, nature, art, inspiration...  Le réalisme des peintures est magnifié.

A l'ombre des palétuviers

Elisa Nalin collabore sur certains modèles, des éditions spéciales conçues, des chaussures aux motifs brodés à la main, produites en collaboration avec Oceedee, label basé à Delhi.

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Le voyage de Rahul Mishra à la Fashion Week de Paris est un véritable symbôle qui transmet toute la richesse culturelle, le patrimoine artistique de l'Inde sans oublier sa riche histoire pour la mode... Ses textiles, son art, ses artisans... La main de l'Homme qui transmet un héritage et doit offrir, dans un contexte complètement moderne, une vitrine du savoir-faire en Inde - Son excellence M. Mohan Kumar, Ambassadeur de l'Inde en France

Le travail traduit un effort pour soutenir et fournir un plus grand emploi pour les employés(es) et les industries appartenant à All India Artisans et Craftworkers Welfare Association - AIACA. A noter que le show a eu lieu sous l'égide de Namaste France. Ce festival culturel organisé par l'Ambassade de l'Inde durera jusqu'au 30 Novembre 2106 pour valoriser toute la sublime et la diversité de la culture indienne. Un vrai Indian Lifestyle...

À suivre