Joël Dupuch, du Cap Ferret au Septième Art

Ses huîtres égayent les buffets des grandes réceptions culinaires et gastronomiques françaises…Avec sa barbe de trois jours, son gabarit de rugbyman et de viking, il ne triche jamais, même devant la caméra de Guillaume Canet lors du tournage de la comédie dramatique « Les Petits Mouchoirs », film qui l’a révélé, en 2010, au grand public touché par son charisme et sa vérité. Prénommé Jean-Louis dans ce chef-d’œuvre aux plus de 5,5 millions d’entrées, ce grand épicurien joue quasiment son propre rôle de tous les jours, celui d’un ostréiculteur du Cap Ferret, avec son regard perçant qui nous touche au plus profond de l’âme. Eternel grand adolescent insolent, il se définit avant tout comme un paysan, un homme de la terre et de la mer aimant l’autre, les autres et tous les arts dont le cinéma. Alors que la suite de ce long métrage ("Nous finirons ensemble") est en cours de tournage au Cap Ferret, cet artiste généreux et sincère, qui a même eu droit à sa marionnette dans les Guignols, nous parle de ses passions et de ses rapports au cinéma pour Le Fashion Post

Joël Dupuch, quand l'ostréiculteur parle de l'acteur avec son coeur...

Patrick Tomas : Joël Dupuch, qui êtes-vous ? Quel est votre parcours ?

Joël Dupuch : Je suis né au bord de la plage du Cap Ferret, au milieu des huîtres, dans une famille d’ostréiculteurs. Depuis toujours, je savais que je travaillerai les huîtres, c’est ma principale passion, le pilier central de ma vie. Vers 20 ans, j’ai quitté ma campagne pour voir la lumière de la ville en m’installant à Bordeaux où j’ai ouvert un commerce tout en gardant un œil sur la production familiale. J’ai également beaucoup voyagé pour enrichir mon esprit, ma curiosité à l’égard des autres.

Patrick Tomas : Votre philosophie de vie au quotidien ?  

Joël Dupuch : Je ne cherche pas à séduire ou à paraître, je veux être moi-même tout simplement avec ma sincérité, ma joie de vivre… On ne peut pas améliorer l’humanité, contribuer à son bonheur si on se passe de la sincérité. Personnellement, je préfère blesser un(e) ami(e) avec ma franchise plutôt que de le (la) trahir. Dans la vie de tous les jours, j’attache plus d’importance au fond qu’à la forme…

Patrick Tomas : D’où vient votre notoriété professionnelle ?

Joël Dupuch : Cela fait 42 ans que je travaille avec de grands chefs qui m’ont appris ce qu’est la cuisine, l’essence de la production, à quoi sert un producteur, le rôle qu’il doit jouer dans la gastronomie. Dans les années 1970, la France était davantage productiviste, on ne faisait pas attention à la qualité des produits, on devait produire, avant tout, de grandes quantités. On ne savait pas forcément ce qu’était la qualité. C’est le chef Jean-Marie Amat, récemment décédé, qui m’a provoqué ce déclic sur ce besoin de qualité. Alors que j’avais 21 ans, il me proposa de l’accompagner dans les cuisines de son restaurant pour ouvrir mes huîtres. Je ne comprenais pas trop pourquoi il me demandait cela et au final, il m’expliquait ce qu’il pouvait faire culinairement avec chacune des huîtres ouvertes.

Patrick Tomas : En quoi votre vision du métier a-t-elle changé ?

Joël Dupuch : J’ai compris que je devais m’orienter vers la production d’huîtres de qualité, charnues, croquantes et fermes. A partir de là, j'ai opté pour ce type de production, ce qui n’est pas facile vu qu’on travaille des êtres vivants dépendant des caprices de Dame Nature. Parallèlement à cette recherche continue de qualité, j’ai collaboré avec un nombre croissant de chefs et cela m’a permis d’acquérir la notoriété actuelle que j’ai dans le monde de la gastronomie française. Cela m’a donné le sens du Mieux, en quelque sorte, une approche haute couture de mon métier.

Patrick Tomas : Comment le cinéma est venu à vous ?

Joël Dupuch : Tout est venu d’un repas entre potes. J’ai été amené à rencontrer l’acteur-réalisateur Guillaume Canet via un ami commun autour d’une bonne table… Le courant étant très bien passé entre nous, il m’a inclus dans sa tribu, dans son cercle d’amis(es) et de proches. Au fil des années, je suis intervenu dans certains de ces films comme « Ne le dis à personne », « Jappeloup » et bien entendu « Les Petits Mouchoirs » qui m’a sans doute révélé au grand public. Par la suite, j’ai également joué le rôle d’un boulanger dans le film « Un sac de billes » de Christian Duguay, rencontré sur le tournage de Jappeloup. Etant très affectif, j’ai dit oui à mes participations cinématographiques sans nécessairement avoir lu le scénario.

Patrick Tomas : N’est-ce pas une prise de risque ?

Joël Dupuch : Si j’aime les gens, je leur fais confiance tout simplement. J’aime bien jouer le rôle d’un observateur, d’une personne faisant preuve d’empathie à l’égard des autres, un peu comme moi dans le quotidien.

Patrick Tomas : Est-ce facile ou compliqué de jouer avec des personnes qui sont des amis(es) dans la vraie vie comme dans « Les Petits Mouchoirs » ?

Joël Dupuch : Avant tout, j’ai eu la chance de jouer avec de grands acteurs et de grandes actrices du cinéma français qui m’ont rapidement mis à l’aise en m’accompagnant avec une belle bienveillance. C’est un peu comme jouer avec un champion de tennis avec lequel vous êtes à l’aise pour réceptionner la balle alors que seul, vous pensez ne pas être capable de jouer… Ce n’est pas nécessairement facile, je l’ai fait naturellement comme si je vivais véritablement la situation qui m’était proposée. Toujours avec la même authenticité de tous les jours en étant sincère.

Patrick Tomas : Cette expérience vous a-t-elle transformé ?

Joël Dupuch : Non pas spécialement, cela m’a surtout amusé. Cela m’a procuré du plaisir. Par la suite, on m’a appelé pour d’autres castings de films auxquels je n’ai pas souhaité donner suite car je n’avais pas nécessairement l’envie de prendre la place d’une personne dont le cinéma est le métier à part entière. Mon job, ma vie, c’est avant tout être un paysan. Tout est une question d’affect avec l’autre, de confiance. Par exemple, j’ai répondu spontanément et favorablement à la demande de mon ami le réalisateur Philippe Lefebvre pour jouer un rôle dans l’un des épisodes de la série historique Peplum et cela m’a beaucoup amusé, ce qui est le principal pour moi.

Patrick Tomas : Quels sont vos rêves ? Vos envies ?

Joël Dupuch : J’espère de tout cœur garder le plus longtemps possible ma fraîcheur, mon âme d’enfant pour rire, vivre avec légèreté tout en contribuant à améliorer chaque jour le monde qui nous entoure. Si je peux rendre heureux mon entourage, c’est ma plus grande satisfaction.

Photographie (Les Petits Mouchoirs) © EuropaCorp Distribution

Photographie (Portrait Joël Dupuch Debout) © Paul Medge

Photographie (Portrait Joël Dupuch Visage) © Philippe Exbrayat

À suivre