Le langage de Walter Van Beirendonck

À la fin de la présentation de sa collection Wambam ! Homme Printemps Eté 2015, Walter Van Beirendonck nous accorde une interview pour Le Fashion Post. Il y est question de beauté, de processus instinctif sur la manière de faire sa mode, sur son processus de création.

Créateur de son propre monde

Animale, tribale et urbaine, chacune des collections de Walter Van Beirendonck recompose comme dans un jeu des 7 familles sa nouvelle tribu intime et personnelle. Dans son imaginaire et son processus créatif instinctif, il questionne comme un anthropologue de la Mode la thématique du totem et du tabou tout en puisant son énergie vers un ailleurs. Le totem est lié à la posture de l’homme et le tabou est connecté à ce qui ne se dit pas. Ce concept se retrouve dans de nombreuses tribus où le passage vers l’âge adulte se fait par un rituel : tatouage, rite initiatique, scarification, transformation du corps, peintures, ornements et modifications vers un corps mutant.

Le vêtement habite le corps

Dans le processus de création de Walter Van Beirendonck, c’est un peu tout cela qui se transpose sur le vêtement qui habite un corps. Dans un mix and match d’imprimés puisés aux quatre coins du monde, il recompose alors des créatures mi-homme mi-bête en touchant le mythe du minotaure, des êtres extra-humains, sortes de super-héros améliorés pour affronter l’asphalte et nos jungles cosmopolites.

L’Homme dominant

La figure du guerrier est un thème récurrent au créateur car il puise dans les coupes d’uniformes militaires ou traditionnels : une combinaison de l’armée américaine, un kimono d’un samouraï japonnais, le bomber d’un pilote de ligne. Walter Van Beirendonck autopsie des vêtements pour mieux les comprendre, les décrypter pour les recomposer jouant sur des ouvertures et des découpes anatomiques. Ce sont des accroches cœurs pour capter le regard et redessiner, ré-inventer la silhouette masculine.

Walter Van Beirendonck Fashion Week Homme 2014
Crédit photo : Aymeric Le Breton — albphoto.fr

Fleurs vénéneuses

Les looks sont comme des fleurs vénéneuses qui attirent mais renvoient un signal coloré, un code. Elles sont comme des peintures guerrières pour se défendre, un tatouage maori qui raconte la vie de celui qui le signe dans sa chair. Le muscle, l’anatomie et le culte d’un corps différents sont aussi des éléments fédérateurs qui participent à écrire et destiner cette mode. La dimension à la fois sexuelle, sexuée et sexualisée détournée par l’univers de la flore ou par les attributs d’une faune fantasmée sont des obsessions fortes. Les axes clefs définissent alors des fantasmes qui reviennent ressourcer l’univers du créateur. Walter Van Beirendonck questionne le paraître, la parure et le tissu comme la peau d’un corps parfois vue comme un gant retourné. Les motifs de ces tissus renvoient à la notion de clan, à l’appartenance au groupe tout en étant unique et ayant droit à la différence.

Par ses collections,  Walter Van Beirendonck interroge sur une idée de la Beauté : belle et monstrueuse, à la plastique séduisante, à l’esthétique charmeuse, aux lignes perturbantes. La mode est politique, elle accompagne l’époque et son défilé comme un médium peut devenir une arme pacifiste pour défendre, entre art et fashion, ses idées.

À suivre