Charlie Le Mindu Paris Hait Gris

À la galerie Joyce, dans les Jardins du Palais Royal, Charlie Le Mindu a présenté Paris Hait Gris, sa collection Haute Coiffure Automne/Hiver 2014-2015. Il nous accorde une interview à l’ombre des tilleuls pour nous parler de ses inspirations et de ce qui l’anime dans le micro pour Le Fashion Post

Fétichiste !

Le fétichisme de Charlie Le Mindu est le cheveu. Comme le cuir, il adore travailler cette matière qui connecte d’un poil au corps, une vision de l’intime exposée. Cette adoration des fétiches touche à l’artifice, à l’artificiel, questionne le sortilège par extension. Le mot fétiche vient étymologiquement du latin facticius : le destin. Charlie coiffe le sien en version Haute Coiffure et s’amuse de fantasmes, de croyances et transforme l’objet de son désir pour être animé par sa religion : la Création.

Du poil à poil

Son report de l’affectivité sur son objet capillaire unique, composé, symbolique, lui attribue une efficacité Haute, donc supérieure, qui dans le happening et la performance, dépasse notre réalité. Charlie Le Mindu est l’expression de la rupture et de la liberté.

Charlie Le Mindu
Photographies par Olivier Ouadah

Si la saison dernière, Charlie Le Mindu faisait défiler ses créatures au 33, rue François 1er. Pour l’Automne/Hiver Haute Couture, il a eu envie de nouveautés et de s’éloigner des codes classiques de présentation. La présentation est une revue qui se déroule en deux temps. Les soirées nomades de la fondation Cartier pour l’art contemporain, l’ont accueilli en juin dernier.

Mœbius-Transe-Forme

Charlie Le Mindu, en ArtHair Director, a donc fait son show sous la signature « Cabaret Paris Hait Gris ». Femmes monstres, créatures totem, gourmandises tribales comme des sucres d’orge, Charlie Le Mindu nous transporte dans une odyssée mythologique qui nous propulse dans un futur. Au-delà des cheveux, c’est surtout son obsession pour le poil qui nous caresse, nous hirsute, nous électrise, nous fait boucler, nous donne des fourches face à des belles mi-oiseaux préhistoriques, mi-prêtresse charmeuses, amazone prophétiques, mi-femmes, mi-choses.

Charlie Le Mindu
Photographies par Olivier Ouadah

Cette amélioration trans-génétique de l’humain recompose donc un corps puzzle de la tête aux jambes. Dans cette vision extra-lucide, nous pouvons trouver la référence à deux épisodes de la série L’Homme qui valait trois milliards. Année 1976, saison 3 épisodes 17 et 18 plus exactement avec le titre The Secret of Bigfoot où un Chabaka poilu lutte contre un homme bionique. À chacun son flashback mais l’air de rien, les sculptures de l’oiseau rare et unique, Sir Charlie Le Mindu, sont universellement liées à notre moi et nous parlent, nous interrogent sur le sexe et nos fantasmes.

Phallique et Tabou

Paris Hait Gris utilise alors Paris comme une carte postale prétextant nous parler de transfert phallique versus une Tour Eiffel. Dans cette cartographie imaginée, les monuments ont des courbes. La courbe colle au corps et le corps à la peau. Cette enveloppe charnelle se pare alors d’artifices. A rebrousse poils, Charlie Le Mindu a son cerveau qui fonctionne comme une cocotte minute qui va lâcher la pression. Lui, la pression et le stress, il ne connait pas. Il ne souhaite pas vendre ses vêtements mais pense ouvrir rapidement un espace relooking au 5e étage des grands magasins Harrods de Londres.

Charlie Le Mindu
Photographies par Olivier Ouadah

De ville en ville, son histoire se ponctue. De Bordeaux, il garde l’esprit cool et simple du salon familial de ses coupes dans un salon so punk. De Berlin, il lui reste un parfum nocturne de cuir et de sueur, capté sur la scène alternative. Le jour, les spots chics français sont ses vitrines pour révéler son talent. De Londres, il pense qu’il est temps de métamorphoser les cheveux en fourrure et lance son premier défilé de haute coiffure. Peaches et Gaga captent l’énergie du minet français à la moustache fine et élégante. Vous connaissez la suite. Hairdress for a success…

À suivre