Julien Fournié prêche sa Haute Couture dans une église

Julien Fournié a choisi de présenter sa collection Haute/Couture pour l’Automne Hiver 2014-2015 à l’Oratoire du Louvre. Si les voix du Saint Esprit sont impénétrables, le créateur (ici nous parlons du designer et pas de Dieu), s’adresse à une femme moderne, contemporaine et jeune. La Couture n’est donc pas synonyme à de Dames qui s’accroche à leurs morceaux de taffetas et d’organza pour se parer d’une impossible éternelle jeunesse.  Quelques jours avant le show, Julien nous a accordé une interview exclusive pour Le Fashion Post. Il revient sur son parcours, ses codes, ce qui l’aime, son coté obscur mais aussi lumineux.

Travailleur obsessionnel

La dernière fois que nous avions rencontré Julien Fournié, il venait de quitter son studio de la Maison Torrente pour s’installer chez Montana. Sa mission, tout en travaillant avec Claude, était de pérenniser les codes in house et de travailler main dans la main avec le designer. Le petit gars a toujours respecté ceux et celles qui créent et pensent la Mode comme une discipline. Fer à repasser à la main, Julien s’acharnait avec une ligne de strass Swarovski qu’il voulait absolument appliquer sur des collants, des bas. Il est un acharné Julien, vous savez… Avant quelques heures du show, il avait trouvé sa solution, après avoir expérimenter et rechercher la juste méthodologie pour l’effet voulu. Nous étions à la fin des années 90, si proche de l’an 2000.

De fil en aiguilles

Et le temps passe mais les souvenirs restent. La création tout comme l’amitié est un fil élastique qui se détend, s’étire, se relâche, parfois claque mais jamais ne pète. C’est le principe de l’élastique non ? Aujourd’hui, Julien Fournié signe des tenues pour sa maison au nom éponyme et affirme que ses clientes jeunes, belles et rebelles viennent chez lui, poussent la porte des ateliers de la Rue de Paradis pour se définir. Être habillé par un créateur qui vous formule une création permet en effet d’être habité par une philosophie, une vision. Cette saison, il n’est pas question de bas nylon mais d’une collection de socquettes « printées ». Le créateur collabore avec la manufacture française Gerbe.

Matez moi ça

Des pieds à la tête, regardons  les mannequins qui défilent à l’Oratoire du Louvre chaussés par les modèles d’une première capsule-chaussures-femme. La capsule est conçue entièrement par la technologie numérique. Ça rock grave. Monsieur Fournié réfléchit à la mode de demain en collaborant aux projets de recherche le Fashion Lab de Dassault Systèmes.

Julien Fournié Couture

Du masculin-féminin recoloré avec des touches dynamiques font twisterl’escarpin, la derbie colorful, les baskets popcouture tout comme les sandales total black à talon haut, semelle crantée. Les ballerines invitent au pas de danse en version bicolore. Les baskets sont chromatiques à croquer. Son First Footwear est en marche.

Malicieux Julien

Mais revenons à nos moutons ou plutôt à notre décryptage des looks couture de la tête au pied. Julien Fournié est un « petit filou » parce que dans cette collection, il introduit des looks ready-to-wear. Si vous ne la saviez pas, vous n’y verrez que du feu ! Ces jeunes clientes couture lui ont demandé à penser des basiques comme une petite robe noire,  un tailleur. Il reformule donc ses intemporels en y glissant sa touche avec des références aux maisons dans lesquelles il est passé mais en les transmutant. Résultat des vêtements made in France avec des lignes qui collent à l’air du temps, efficaces, pures, arty, dynamiques et avec une sacrée allure.

Julien Fournié

Amen Moda

Julien Fournié fait donc sa messe « fashionistique » à l’Oratoire du Louvre. L’église réformée protestante est un cadre qui touche au divin, à la création et impose par ses voutes et son parfum une dimension mystique. Le lieu est présent dans la littérature des Charentaises à l’Oratoire en passant pas le pamphlet d’Alphonse Daudet. Roland Barthes y compte une adolescence protestante. Madame de Sévigné y fait un tour.  Pour Pierre Loti se sera sa première communion. Marcel Proust n’y mangera pas de madeleine mais André Gide en parlera dans la dernière page du Paludes. Il faudra maintenant y rajouter la catégorie mode.

Julien Fournié Couture

Le public pendant le défilé entre donc dans un cérémonial. Les gens se lèvent à chaque passage des modèles. Ils lèvent aux cieux tablettes numériques et smartphones. Ils  veulent capturer une part de l’instant incapable de profitter de la beauté du moment par un simple regard. Les photographes entassés dans leur zone attitrée et officielle sermonne une blogueuse qui avec la plus grande décontraction fait apparaitre son bras greffé de son appareil numérique dans le champs. Au même moment comme à l’Eurovision, les invités entendent en multi-langes : « Uncross your legs please », « Sciogliete le gambe per favore » … Bon ben tu vas les décroiser tes jambes là bas avec ton sac… Oui ! toi là bas… C’est à toi qu’on cause…

Levez-vous mes frères et mes sœurs

La collection de Julien Fournié provoque bien plus qu’une excitation générale. Elle questionne le bien et le mal. Le sombre et la lumière qui sommeillent en nous toutes et tous dans cette 11e collection. Il est terminé le temps ou le designer faisait la course comme pour aller de l’avant et sentir un frisson sur le catwalk. Les modèles marchent solennellement et exprime le point essentiel que tout va à l’essentiel. Un brin de Maria Casarès filmique dans Les Dames du Bois de Boulogne, une touche expressionnisme  se retournant vers nos voisins allemands, et une teinte  à la Otto Dix sont le saint triptyque qui ouvre la saison.

Julien Fournié

La taille façon Fournié allonge toujours la gambette.  La maîtrise des coupes pointues joue donc sur son sens du volume. Le temps des bouillonnés en overdose est fini. Jersey, voile de mousseline, taffetas et milano composent une silhouette couture et pétillante. Si les modèles affirment une allure c’est pour mieux révéler leurs attitudes un peu fofolles et conviviales. Cela reste chic et Victorien quand des sautoirs surdimensionnés attrapent le regard. Rayures et fluorescences vibratoires montrent que la Femme Fourné reste une belle plante exotique. Fleur carnivore intelligente, surtout pas idiote et totalement croqueuse de mecs, elle vous invite à ce que vous vous y frottiez pour en être mieux piqué mais d’Amour.

Photographies du défilé par Aymeric Le Breton — albphoto.fr
Photographies Couture Look et Portrait par Joanna Lorenzo
Make-up par Nicolas Degennes
Hair par Stephen Low for Neville
Models : Yu Lian Dijkman par Angels, Sarah Jade Bouteldja par Major

À suivre