Oscar Carvallo fait Bang Bang

Oscar Carvallo nous promet de sauver nos âmes. En sublimant les angoisses de notre planète et de ses habitants, Oscar Carvallo tire une balle en plein cœur des femmes pour les faire succomber à la tentation de sa couture. Si la collection a pour thème la vendetta, cette guerre vengeance privée qui questionne l’honneur, la ligne générale et la palette de couleurs ne reprend en rien à celle de Colomba, le personnage de Mérimée. Il n’y a pas d’offense mais juste le désir d’exprimer la liberté individuelle de chaque femme dans nos sociétés. Les balles se retrouvent donc sur les motifs et les bijoux. Le contexte mondial, les tensions et les guerres sont donc inversées dans cette collection où comme sur le fil du rasoir, les danseuses madones sur pointes traversent la vie.

Dans cet essayage à se projeter dans un futur, en rédemption et à questionner l’époque autour d’une dimension qui se voudrait artistique, nous restons loin de l’iconographie d’un Michael Murphy. Jacques Monory nous a déjà invité à mettre à nos doigts des bagues en argent et balle de revolver 38 spécial laiton et nous ne pouvons résumer la collection couture empreinte d’une poésie à une arme.

OSCAR CARVALLO
Photographie Aymeric Le Breton — albphoto.fr

Offrandes aux Saintes

Les Madones d’Oscar sont comme des chrysalides qui donneront naissance à des éphémères.  Nous savons que la vie du papillon est courte. Cela renvoie à la vie de plus en plus courte des saisons. Dans une vibration d’ailes aux tonalités classiques, douces tout en or jaune, rose et blanc, le designer se voudrait alchimiste. Le bronze ne se transforme pas en métaux précieux aussi facilement.

OSCAR CARVALLO
Photographie Aymeric Le Breton — albphoto.fr

La découpe en envolée, alors, se pose sur la ligne d’une robe, se fige dans une toile craquelée d’araignée, un filet sport ou reste prisonnière d’un plastique brodé. Les matériaux sont avant-gardistes et les plans de la coupe des habits connectent ceux et celles qui observent et regardent au procédé d’un architecte qui voudrait construire sa ville idéale.

Avec le temps…

Le temps qui passe, celui qui n’est plus linéaire et classique mais bien circulaire, est mis en forme dans le défilé.  Le nid d’abeille d’une robe qui se ponctue de tulle transparent, une combinaison métallique en brocart emmène cette femme dans un univers spatial où passé, futur et présent, assemblés nous ouvrent la porte d’une quatrième dimension.

Une cité fantôme

Bang Bang, des balles en boucles d’oreilles… Bang Bang, des balles en imprimés… Bang Bang… une robe apparaît et crée une rupture dans le rythme de la proposition. Elle serait sans doute parfaite pour un shooting à Brazilia entourée des immeubles dont l’architecture a été pensée par Oscar Niemeyer, et Lucio Costa. La robe pourrait trouver sa cible lors d’un concert d’une chanteuse qui se veut dans une modernité perpétuelle. Mais à force de vouloir faire moderne, il ne faudrait pas rater le coche à défaut de rater la saison.

OSCAR CARVALLO
Photographie Aymeric Le Breton — albphoto.fr

La source de cette robe œuvre s’inspire de Pancho Quilici dessinateur et inventeur de propositions conjecturales. Alors de l’espace plat de la feuille vers une robe, il n’y a qu’une sculpture cyclonique et stratifiée à porter. Mais le final du show reprend le cours des choses de la vie. La mariée à la couronne de balles, encore et toujours l’accessoire en fil rouge, réfère à Santa Muerte, vénérée par les mexicains. Bang Bang, le visage émacié, les yeux charbonneux, cette mariée à la tête de mort, loin d’être un symbole macabre, reste une invitation à la joie et nous murmure que la présentation est finie mais Oscar Cavallaro reviendra la saison prochaine avec un renouveau.

Photographie Aymeric Le Breton — albphoto.fr